SIROCCO

                             Miguel Vallecillo Mata

     Sirocco  

                           Poèmes à la saveur du sud

Pour Nini et Natacha 

                          Vents du sud, éclats de lucioles.

                                Une pensée douce et sauvage,

                                     un crie, un mot d’amour

                                        soutenue et harmonieux,

   la note chantée d’un instant chérie,

 la chanson vantant un monde heureux.

Bonsoir tendresse

Vous dormez ?

Attendez un peu, relaxez vous,

cela s’écoute comme dans un rêve,

les yeux fermés,

l’oreiller flottant et tendre

caressant la nuque,

les portes de l’imagination 

grandes ouvertes,

baladant l’esprit

comme l’œil d’une caméra,

une optique bougeant sans entraves,

libre de tout mouvement,

un appareil magique

qui filmait la fantaisie.

Tout t’appartient¡

Mieux encore,

et si on partageait l’odeur

douce de la peau d’un autre,

d’une autre?

Les caresses façonnent

la tendresse 

et le voyage accompli

le rêve… éveillé.

On s’éclate,

on puisse la force

dans les monts de l’Éden.

Les fleurs belles mais fétides

empoisonnent l’été

au temps des vacances,

la plage, le soleil, le sable chaud,

la peau tiède, le baisé.

Aujourd’hui on va s’aimer¡

Tant de bruit

Ce vacarme qui m’essouffle,

m’émeut et m’indispose,

est un famélique bestiaux,

qui vient s’inspirer 

de mon souffle glauque

et enlever mon aura féérique.

Á vouloir transcender le paradis,

je me suis fait mal à mon lombric.

C’est un monde pétulant de vice, 

il faudrait rajeunir son nom de lis.

Cette muraille lourde qui me saisi, 

me donne le vertige quand je souris.

Á tant clamer ton bon vouloir

je n’arrive plus à ton manoir.

Comme l’herbe folle qui pousse sur un terrain fertile

Je vois ce rayon incandescent  

partir en disette,

s’endormir 

entre tant des nuages obtus.

Cette énergie qui brûle 

sans pétrir mon dû

et ne remous aucune noria,

ni rapporte une raclette.

Pourtant les rêves sont tendres 

et le regard lointain,

pas de chemin de travers, 

ni de voie sans issu, parole,

mais accroupi dans cette cuirasse 

faite d’un carton môle,

en attente d’un vent 

qui nous fouette des jours câlins.

Tant de matière luminescente 

se consumant sur place

comme lave puissante 

chevauchent des prairies brûlées.

La place forte

ne vas pas devenir palais,

les murs épais ne servent 

plus de rempart vorace,

mais disparaissent 

comme un pont de glace.

Les crocs du ruisseau

Infatigable voie qui nous démange

quand elle nous pousse et nous soutire.

Elle ne veut pas nous lâcher un sourire

elle est toujours persuadée qu’elle nous dérange.

Invariablement rose, vert teinté de plaisir.  

Ne va pas tomber dans des limbes mornes, 

ni rester dans la quiétude entre deux bornes 

pour ne pas offenser ton ombre et moisir.

Souterraine et invisible, elle se la coule douce 

et cache son nom de fleur pour ne pas se mordre, 

croyant  laisser tout parfaitement en ordre, 

même moi me sens trompé comme un gousse.

Irrémédiable n’est pas dans ce monde un destin 

rien ni personne pourra décider d’arrêter ce train, 

ni les tiraillements amis, ni les sucreries d’antan, 

uniquement ta propre mélasse constitue ton festin.

Croisant l’idée de revoir la queue du diable 

se dissiper dans des vapeurs affables, 

se voyant déjà dans un monde exécrable, 

partir mieux que se soumettre aux sabres.

Se contenter des récits bucoliques,

savourer la plénitude idyllique

et ruisseler jusqu’au loin mirifique

sans disparaître au bout du ruisseau.

Amours fétiches

De tant tourner devant ta lame effilée,

je sautille, de peur de m’entourlouper,

en glissant sur toi pour mieux te savourer,

sans même toucher ma pétoire fêlée.

Tant des flaches encore au crépuscule, 

des étoiles filantes traversent l’espace, 

joyeuses m’enivrent  des moments de France 

et ses charmes me réveillent incrédule.

Pourvu que cette vision orange étincelante 

vienne perturber la sensation de mes couleurs, 

anéantir le sucre édulcoré de mes saveurs 

pour parcourir ton halo de ma chaleur galante.

Chasser chaque jour sans attendre cette diane 

est un voyage enchanté sans but ni feux 

qui s‘arrêtera peut-être pour prendre mon âme.

Du gnan gnan dans les vitrines

D’où vient l’envie féroce de posséder, de réciter

des prières reluisantes dans ce monde éphémère?

Tant des voix futiles viennent nous inciter

a poursuivre cette mirobolante chimère!

Nous parcourons l’univers aménagé des nuages 

fastidieux, ni noir foncé, ni coloré de talent, 

plutôt peints en éponge d’une mer sans plage, 

ni blanc, voyage minimal sans mouvement.

Qui parcours le néant poursuivant sans fin 

la quête d’une couleur? Oh tout puissant!  

Vient interrompre la marche lente du destin 

et nous chérir des scintillements navrants.

L’iris de nos yeux est blafard et bleuâtre,

Ainsi nous percevons des horizons troublants

Et nous finissons bêtes et acariâtres.

Avec dédain

Celui affreux qui s’approche de moi, qui me prends,

me picote, qui comme une punaise, m’agrippe

et qui me pince, me charrie, me dégringole.

Oh¡ quel phénomène me transit, m’interloque, 

quel triste bourdonnement embobine mes sens, 

cette épiderme qui me transforme rougeâtre, 

que m’isole dans une île toute loufoque, 

et me fait grelotter sans demander mon reste.

Sera t’il l’aura d’un dieu sinueux et loque ?

Un seigneur sans vergogne, un faussaire, un maître ?

Non mon seigneur, notre intérieur n’est pas morose,

nous accomplissons pas de rêves stupides

qui ne subsistent qu’à l’intérieur des atomes.

Il doit commander uniquement dans certains cieux

très loin du réel, des tordus et des esclaves,

couché avec des maquerelles et autres mafieux.

Prêt du destin

Loin des pensées idiotes de caramel doux

très proches des esprits tout terrain,

circulent impassibles autour de pressages.

Comment abattre de telles toiles sans fin?

De quelle façon altérer tous ces messages 

qui nous entourent et nous donnent faim?

Envie de toujours tant entreprendre,

de vendre -prendre- se morfondre,

je suis garant de ce dieu qui nous défend, 

je sais que ce seigneur est le tout puissant, 

depuis le début des temps, il est le plus grand, 

libre-nous de tant de remous ardents.

Nous cultiverons le désir d’avoir, 

d’oublier notre ancien statut d’être rien.  

C’est ainsi, c’est comme çà, c’est le destin.  

Oh toi¡ ce grand seigneur strapontin, 

libre-nous de tout vouloir ici et pas demain

et envoie nous la force de contester Satan, 

de fuir l’immense désert de ce festin.

Parce que je ne crois pas dans ce refrain, 

je m’apitoie de tant de raffut incertain 

et me tord la pétoire de tant des faut pas.

Ni fou, ni fa, dort, rêve, dieu, mou, mort.

Nuit  sans lune

Planète bleue, multitude des gris,

grain coloré au milieu du vide,

biche chuchotée du grand empire,

maîtresse fort jalousée des harpies,

où rayonne la chaleur divine

et nous répand la poudre magique,

sésame qu’ouvre le cycle de vie.

Lui astiquer chaque recoin de ses méandres, 

La moindre molécule pourrait nous craindre.  

Extirper sans honte toute poussière tendre

et faire, avec un sortilège, des cendres.

Le ténébreux dans la ville nous dérange

et on circule á tâtons les nuits de brume

de peur de percuter les ailes des anges.

Reluquer l’oignon

On navigue comme ça sur des courants pas banals

dans la course folle qui mène vers l’aurore.

Des tremblements naissent des foules indolores, 

les fourmilières en rang, toujours en cavales.

Une porte s’ouvre sur un passage en première, 

laissant miroiter des sensations mirifiques 

dans une planète inégalement féérique 

qu’envoie des milliers et millions aux chimères.

Quelques centaines apprivoisent et soufflent le vent, 

Tant des gens sont poussés par une bonne étoile, 

ils sont très nombreux à agir comme des squales, 

mais nous voilà quasiment tous à tourner en rond.

Nous sommes des terriens humanoïdes mêlées 

qui partageons momentanément la caresse 

d’une virgule, ou bien la morsure diablesse 

d’une mythique et longue histoire depuis toujours fêlée.

Reprenons le chemin enfoui de la révolte, 

et ramassons le surplus de la spéculation.  

Vaincre et convaincre les adeptes des sans raison 

et jouissons tous ensemble de tant de récoltes.

Le superflu nous mène encore en bourrique,

nous ne contrôlons même pas nos convictions,

on vends pas chère la peau de nos illusions,

pourvu que nous restions fiers et stoïques.

Illusion continue

Ho illusion¡ fête des paraboles perdues,

parole qui trône en écho à l’aurore crue,

répand un halo sur le verbe, envie inclue,

apprivoise nos vies d’abrutis hurluberlus.

Culmine une trêve au plus profond des mes pensées, 

profitant pour te faufiler entre mes doutes, 

viens docile arroser des délicieux pêchées 

la mémoire pleine, rassasiée de tant de routes.

Oh ma bonne illusion¡ qui balises des blés, 

des champs propices aux étoiles les plus cassées, 

toi pompeux personnage d’une galaxie gelée 

ranime tous les cœurs des coureurs extrapolés.

Elles vont et viennent et s‘entrecroisent, 

sont aveugles, muettes et râleuses, 

comme le ventre couard qu’elles caressent, 

quand elles dansent sur des pistes creuses.

Oh toi illusion¡ oiseau du vent tout retourné, 

enfouie dans l’isoloir aux rideaux entravés.  

Oh miroir endormie¡ reflétant des larmes fanées 

recolle les joues de cristal de ta maison dorée.

Créatures se faufilant loin dehors 

pour ramasser des idiots leur idéaux,

vérifier dans les illusions d’alors 

simplement des vestiges amoraux.

Oh toi¡ ma chère illusion retrouvée

au coin d’une fête de quartier paumé,

oh géant radieux¡ par un matin d’été

effraie encore mon esprit allumé.

Mais elle vocifère d’une voix douce 

demeurant toujours là, bien visible 

prête à partir enlevée dans la brousse,

pourvu qu’elle extrait des trucs nuisibles.

Oh toi¡ mon illusion éphémère retrouvée 

au coin d’une fête avec des lèvres emmêlées 

oh toi¡ géant apprivoisé par des chaleurs hantés,

je t’ai enfin à moi pour toute une éternité.

Emotion

Repasse ton histoire,

cours à travers les mots,

mène ton cheval au trot,

mais n’oublie pas ta page.

Tu l’écris chaque jour

avec des ombres dessinées

et ton cerveau maculés

remplit de tant d’humour.

Marraine de vaisseau  

Un rayon lumineux souffle sur ta voilure

enveloppée de bouquets tendres et riches perles

il s’envole en nuages d’encens cette envergure.

Je vogue dans des montagnes d’eau douce et verte

perçant le ciel avec vent favorable et sage,

le carène est propre, la nef avance, certes, 

mais sans boussole et bouée de sauvetage.

La sirène apparaît au milieu des chênes, 

une brume fétide cache les écailles des seins, 

ses yeux profonds insufflent aux forêts la sève, 

sa bouche est en étoile formant un beau dessein.

L’urbaine Lutèce est notre beau port d’attache, 

trente ans sillonnant les mers et toujours joyeuse; 

le corsaire brigue la mégapolis qui cache 

son phare, son coffre fort et son amoureuse.

Oiseaux de bonheur 

Un épervier survole ton jardin sous un ciel d’or,

ses ailes gonflées dégagent une lueur béante

qui illuminent les perles et les rubis d’un trésor.

Chaque année le rosier souris et le lys chante, 

les accompagne en cœur l’herbe folle et le tilleul

en décembre, percé des branches transparentes 

et de fleurs qui s’endorment, s’irradiant pour toi seule.

Près d’ici vogue un bateau au milieu de la baie, 

doucement, vent devant, il louvoie vers l’horizon, 

sur la proue il y a ton nom écrit avec une craie, 

c’est un corsaire qui mène le cœur d’un hérisson.

Vole sur les jardins et pose toi sur les ports, 

porte ton halo, promène au large l’épervier,

donne nous toujours l’espoir de ne pas avoir tort

même lorsque ta joie résonne sur ce voilier.

Paré au fond de cale se cache le trésor,

il nourrit les rêves des lucioles loufoques, 

scintillent les joyaux et tombent des flocons d’or, 

mais la vraie richesse c’est toi qui la provoque.

Tendres deseos 

Por crestas suaves, alegres y solas,

quiero pasear las yemas de mis dedos

y acariciar sin más rubor ni velos,

el terciopelo de las amapolas.

La douceur enrobe cols et collines, 

de l’eau parfumée jaillie de ses sources.  

Prés, accostent les chaloupes et les mousses, 

pour regorger la sève de tes cimes.

Pasan lejanos días y veredas 

y una sonrisa iguala tu encanto.  

El sol es nuestro dios y el mar su manto, 

donde navegas cargada de sedas.

Je voudrais rapprocher le son de ta voix 

et rêver aux velléités de tant des nuits 

pour parcourir ce chemin une et cent fois.

Los  pistilos conservan tu fragancia, 

qui rappellent les plus belles aurores, 

lentas como las flores de una acacia.

Pépites d ‘amour

Des années partageant un long parcours 

laissent des traces dessinées aux pinceaux

qu’on trouve dans les ruisseaux, 

grains d’or, pépites d’amour.

Souhaits.

Des vers comme des jouets, 

des chuchotements pour des cadeaux, 

figure toi une fleur dans chaque mot

et prend ce bouquet tout frais.

Flânerie.

Les saveurs des fruits gracieux et exotiques

agissent comme ceux de mots fugaces, 

que construisent avec un jus d’âme en tasse

un succulent poème de vitamine mythique.

Et cela tout simplement pour vous assurer 

des jours allègres couverts des rêves joyeux

et remplir de tendresse le blanc de tes yeux 

toutes les heures grises et froides de l’hiver.

Rêverie.

Survolent les pensées poussés par le vent 

qui porte au loin la poussière des bêtes, 

rêves envoûtées par la sève béate

renonçant à l’avance d’un réel troublant.

La quiétude du ciel restreint les mouvements, 

contraignent et persuadent la passion de jaillir

pour transmettre bien-être et gaîté sans pâlir, 

soutirant subrepticement de l’émotion. 

Là, retentissent des étoiles galantes, 

des grains de sable de la pensée lumière 

ranimant les fous et génies d’une autre ère 

pour t’adresser des baissées saveurs de menthe.

Des traces fraîches d’amour parcourent  le ciel, 

ce sont les éclairs des certaines bestioles 

qui traversent l’océan d’un unique vol 

au bout d’un voyage boisé rempli de miel.

Ils découvrent un monde nouveau et inconnu, 

sans se rendre compte d’avoir changé de lieu, 

avant même d’ouvrir les paupières aux cieux 

tombant sous le charme du compagnon bossu.

Le matin avant l’aube les rêves sont en couleurs, 

le sommeil ne réussi pas à dissoudre les pigments 

asséchés par les fardeaux et les mots savants, 

rayonnant pour un instant nos cœurs des douceurs.

La clarté matinale provoque un réveil cru, 

donne vie aux ailes des papillons dorés 

les badigeonnant des tâches de la forets, 

où l’harmonie règne et t’arroge son afflux.

Voyage d’un instant, mémoire de toujours, 

le temps qui s’enlise dans la joie de l’envol, 

je frémis de plaisir devant ton image seule, 

oiseau rare réincarné d’une pépite d’amour.

D’une voix basse  

Hommage á Jean Jacques Avenel

Des touches couleur comme des notes basses 

gonflent la poitrine d’un guerrier endormi, 

réverbèrent l’écho de l’instrument meurtri 

au milieu d’un piano, un tambour et un saxe.

Sonnent les trompettes appelant les masses, 

elles cherchent une voix rauque, calme et pétrie, 

ses nobles cordes pleurent le maître parti 

et accompagnent l’orchestre dans cette transe.

Quel sublime parfum émane quand tu joues, 

tes doigts flattent les fleurs du jardin de la cour, 

la Kora jalouse voit ton figuier sourire.

Les nuages sont gris ou blanc teintés de lumière, 

ils portent ta musique aux anges pour leur dire, 

je suis là, je joue avec vous, pas de prière.

La vie continue  

Hommage á Willy Gruska

Je me suis promené sur les rives du Rhin

et sur le sol mouillé de la montagne noir.

Je grandi dans une ville ancienne et belle

comme le décor d’un comte des fées.

Mon père était ébéniste,

l’odeur de son atelier me fasciné,

je l’ai retrouvé mille fois á chaque coin

de ma vie et de mes voyages.

Nous étions une famille heureuse,

ma mère, ma sœur et mes deux frères.

Mes parents avaient émigrés de Pologne,

ils n’étaient pas religieux,

.

Nous sommes des français

comme mes camarades de l’école,

mais nous sommes aussi juifs

et cela, paraît t’il, 

n’était pas une bonne chose.

J’appris vite que des humains nous détestaient,

je n’ai jamais compris pourquoi.

Les effets de cette haine arrivèrent

au plus fort de mon adolescence.

Nous devenions des réfugiés qui fouillaient 

devant l’arrivée des hommes malades.

Ils sont persuadés de notre tort.

Pendant notre transfert

je senti le poids terrible de notre condamnation

et j’ai voulu comprendre sans y arriver.

Nous nous installâmes dans le Périgueux,

la vie autour de nous continuée,

la nôtre pendait d’un fil.

Les hordes sauvages occupaient tout le pays

et nous étions traqués

par d’autres français contagieux,

dangereux comme des chiens dopés.

Le jour fatidique arrive un matin gris.

Des soldats de pierre armés des fusils,

papiers, juifs, arrêtés, pas légales,

ramassez des affaires pour partir!

Alice, ma sœur, en internat au couvent,

ne pouvait nous voir sauter, 

Jacques, Marcel et moi, 

par la fenêtre du salon,

pendant que mes parents distrayant

la terreur de hommes tarés.

Le fil s’est brusquement déchiré.

La frousse et l’adrénaline me garrote les muscles,

je ne me meus pas de ma cachette.

Nous sommes tous trois récupérés

Et mis en sécurité par des gens normaux,

sans haine pour les hommes, des héros.

Je ne verrais plus jamais mes doux parents,

leur calvaire finira avec leur assassinat.

Maintenant je dois lutter pour survivre,

notre vie sera notre vengeance.

Terrible, mais la vie continue.

Tout d’abord placé chez des paysans,

garçon de ferme appliqué,

plus tard postulant maquisard.

Je quitté les vaches pour aller combattre

la néfaste horde de l’ordre nouveau,

les bourreaux des différents.

Avec le maquis je commis un hold up,

une action romanesque de la résistance

pour récupérer les fonds de la banque de France

que les Boches amenaient dans un train.

Quel souvenir ces centaines des sacs

chargés comme des patates à l’arrière des camions.

Un trésor, des milliards.

Nous fûmes à peine remerciés.

Mais nous gagnons cette épreuve

en catapultant pour un moment

la haine hors de chez nous.

Notre victoire donna des ailes á l’espoir

et la force de la résistance

donne à la France des droits. 

N’oublions pas !

Cela a marqué ma jeunesse et ma vie entière.

Mais la guerre finie, la vie continue.

Déjà civil, je retourne á Strasbourg,

d’où nous étions partis des années auparavant.

L’atelier de mon père sentait différent,

ayant reçu la foudre de plein fouet,

les décombres cachaient mes souvenirs.

Notre appartement était là, mais occupé,

j’ai dû tout recommencer depuis zéro.

D’abord j’ai rencontré Rosette,

une petite blonde aux yeux bleus,

vivace, gaie et révolutionnaire

qui me donna le goût ardent de vivre

et très tôt une immense joie,

la plus grande de mon existence,

deux jumelles qui feront l’oublie plus doux,

un cadeau en forme d’angelot bruns,

deux jolies filles á crier gare.

Nouvelle famille, nous volons vers Paris.

Tant d’années heureuses attendent,

tant des voyages et des rêves accomplis,

nous avons survolé encore et encore

la terre avec nos illusions,

travaillé, aimé, rit, découvert, vécu.

Et á nouveau une pluie magique d’étoiles,

allégresse des nouvelles naissances,

Natacha et Felix, mes petits enfants,

portent en eux le sang de nos souvenirs, 

ceux de leurs arrière-grands parents.

J’ai mangé tant de kilomètres pour mon travail,

toujours loin des miens,

que la retraite est venue me libérer

et encore me dépenser dans ce bonheur.

Ma déesse, mon chérubin, mon guide

est partie sans me prévenir il y a cinq ans.

La disparition de Rosette a cassé ma boussole

et le compte à rebours a commencé.

Malgré tout, la vie continue à fumer.

Maintenant les saisons ne comptent pas,

seul des instants me sont offerts,

encore quelques moments d’émotion

toujours bien entouré des miens.

Je perds des moyens,

mes jambes ne me soutiennent plus,

elles m’abandonnent aussi.

Les promenades se font rares

sur les allées du jardin

Où mon ange gardien m’amenait.

J’adore la vie, elle m’a tout donnée,

je vais juste rejoindre ma dulcinée.

Pour vous, la vie continue.

Ondes zen

Laisse toi chérir des plantes,

ne sois pas triste,

elles ingurgitent sans retenu

les caresses et les chants,

la lumière et le humus,

ton sourire de pétale blanc

et la fontaine de tes larmes.

Tout leur est permis,

depuis le bonheur limpide de l’air

avalés par de feuilles prêtes au festin,

jusqu’au turbulences d’un mauvais grain,

rien ne perturbe leur esprit gaillard.

Des ondes bios d’un autre genre

ressoudent les morsures du vent

avec un onguent aromatique.

Branche toi sur elles,

raconte leur la couleur du ruisseau

et cours te faire embrasser 

par ses lèvres zen.

Un bisou en silence


Une fleur joue des aires euphoriques

recevant le doux baissée des colibris,

elle offre á ses visiteurs magiques

le dernier nectar avant de se mettre à l’abri.

Toute une bande des minuscules volatiles

dansent autour des pistils dorées.

Que font-elles quand la couleur s’efface?

Où vont-ils tous ces êtres ailés?

Les pétales tapissent le sol de leur enfance,

les abeilles dorment leur soûl en une nuit sucrée.

Dans la cité

Les êtres libres manquent d’esprit,

ils agissent instinctivement,

ils ne conçoivent pas la réflexion,

ils n’ont besoin de rien.

Ceux que je préfère

sont les plus sauvages,

les indomptables.

Ils ne claudiquent jamais.

J’aime aussi les minuscules,

on sens leur insouciance,

ce sont des automates,

frêles, à peine perceptibles.

Dans les rues des grandes villes

siègent les redoutables,

ils disparaissent sans crier gare

à l’approche d’une illusion béante.

N’importe le domaine,

ni la couleur des rêves branlants,

la moindre mission

au coin d’un sinueux passage

fera reculer loin derrière les yeux

de la petite bête des cités

les démons des souterrains.

Des pensées souvenir

Les bons n’ont pas besoin de religion,

les nomades se baladent avec les saisons, 

des tribus survivent dans leur continent,

il y a des gens qui vivent sans compter le temps

et des ascètes convaincus de leur hivernation.

Les fous de dieu régressent á l’âge de Cro-Magnon,

les uns marchent les yeux fermés sans autre option,

les autres, pas mieux, sont motivés par leur passion.

Cependant, nous sommes l’histoire,

le souvenir nous appartient pour toujours.

Nous faisons un voyage interstellaire

chargé d’images et des voix,

des senteurs et aussi des fracas.

L’univers est discret, il laisse faire,

fournit des ailes pour percer de loin

l’arche sacrée et le secret des volcans.

Toi, t’est mon l’histoire

et l’avenir dépend de nous.

Un baisé du ciel

Ce soir la lune brille plus fort

comme quand tes yeux sourient.

Il fait froid dans l’allée des cerisiers.

L’ombre des branchages

pacte gaiement avec les étoiles

en dansant pour qu’on lui rende sa dame.

Ce soir on aperçoit au loin

les soupirs mystérieux des oliviers.

Sonnés des coups et vidés de ses glands

ils sont prêts á courir, plus légers

pour te porter des fleurs

et saluer de gratitude le ciel.

Ce soir on entend le silence

te chuchoter une musique à l’oreille.

C’est l’orchestre des amandiers

accourue participer avec toi au bal.

Ma voix résonne au milieu de la colline,

la lune te la rend encore toute chaude.

Ce soir t’est la déesse de ma chanson,

je sautille de joie en suivant le rythme.

Tous les elfes et les fées de mes forêts

se sont joints á nous grandiloquents

pour accueillir une faste célébration,

les baisers de la lune sur tes lèvres rosées. 

Vent du sud

La brise parcours ton visage

mouillé des gouttes translucides.

Un escargot se promène et glisse

entre le gras de ta peau lisse,

ses cornes pilotent sa carcasse,

dirigeant ses voiles vers la forêt

touffue et cultivée,

quasi tropicale.

Elle soulève les mèches de ta jupe

et grimpe avec son âme grise,

pour t’offrir son élixir.

Comme des feux follets

sa fraîcheur s’installe,

sans aucune réaction interne,

seul une caresse

sautille de joue en joue

entre les fleurs

qui forment ton jardin.

Des barques arrivent á bonne allure

chargées des algues roses,

vont tapisser d’onguent sacré

le chemin des vents légers,

remuer ton esprit

et t’offrir  l’Éden.

Des ailes de soie brodées 

Je marche chaque jour sur un chemin de terre

avec toi au loin sur mon regard de pierre,

j’entends les sons des branches tombées des cerisiers,

inertes et asséchées par les arrivées de l’automne,

quand mes pieds nus piétinent sans pitié

ces feuilles ont des couleurs chaudes mais gelées.

Quelques oiseaux viennent annoncer de leur vol

un peu de vie, un sourire, une chanson de joie

dans les forêts des chênes et du bois-mort.

Il n’y a presque plus de piaulement des moineaux.

Deux aigles planent gracieux au dessus de moi

à l’instant où je parcours ce même ciel serein

à la recherche d’un nuage qui te ressemble,

mais il est tout plat et flou et d’un bleu intense,

sans une tâche qui puisse dessiner ton image.

Peu à peu cesse le ronron des vibrateurs

dans les champs zen d’oliviers de la vallée,

qui font de ses récoltes une usine à bastringue

où des aceituneros ramassent dans le froid

l’or vert qu’enrichi des contrées plus loin.

Quand les grues remontent au crépuscule

trouver refuge au plus profond de leur nid

aménagés sur des chênes et des conifères,

des jeunes chasseurs les attendent embusqués

comme des hachichins assoiffés de leur sang,

nous sommes en promenade á crier de nos bras

lançant un signal pour les avertir du danger.

Retour au paradis

Dans le ciel infini de  l’univers

se cache surement le paradis

entouré d’un halo de mystère

qui nous empêche de le trouver.

Si jamais il existe,

il flotte entre les planètes

parmi les Étoiles du firmament,

ou dans la tête des ascètes. 

Il se trouve peut être camouflé

a l’intérieur de la voie lactée

où tout simplement, qui sait,

cloîtré dans notre imagination.

Tout le monde le cherche,

á gauche, au sud et au nord,

on offre tout pour le joindre

avec toutes nos forces  

et encore,

sans limites, sans compter 

et parfois certains le trouvent

dissimulé au milieu de objets,

où maquillés entre les gens.

Parfois on ne l’entend pas,

tombant sur lui brusquement

derrière une porte, un cœur,

une vie remplie de passion.

C’est aussi quasi un bidule,

juste un truc pour se vanter,

ou frimer le comparant à l’enfer

qui se trouve dans une bulle,

du côté de son arrière-cour.

Tu vas retourner au paradis,

moi aussi je souhaite l’atteindre,

y être comme le cheval de mer,

l’hippocampe qui garde les œufs,

devenir pour toi l’eldorado

et jamais m’approcher du creux.

Éternel voyage  

Je  viens en bordure de Seine sans piétiner l’eau,

avec les pas lents d’un jour gris, pluvieux et creux,

dessinant les contours de tes yeux en khôl bleu

près de l’ancre d’or sur la coque du bateau.

Trente comètes ont traversé ce grand fleuve.

Dans son courant se baladent tous nos rêves,

ils te portent en des lieux où pousse la sève 

de la vie, la joie, l’amour et tant d’épreuves.

Tu chevauches le dos d’une étoile en sanglots 

non de tristesse mais d’émotion de ton vol,

le voyage qui te mène à ta vraie histoire.

Les meilleures pages sont encore en travaux,

c’est toi l’artiste qui fera le premier roll,

nulle ne pourra découvrir qui cache ton voile.

Sentier des cœurs

Je marche en chantant tous les jours

jusqu’à la porte de ton cœur,

mais ayant très mal aux genoux,

puis quand je m’approche de toi

mes pieds aussi crient de douleur.

Fatigué, j’ai fais demi-tour

la tête pointée aux nuages,

les chaussures coiffés de fer

et sans demander mon reste

je rêve encore de Médée.

Enfin sortie de mes songes

mon piètre corps s’en va merder,

il s’obstine à rester oisif

et point se résoudre á m’aider 

pour tempérer mes purs désirs.

Je lui crie des belles injures

pour qu’il s’engage, réagisse 

et veut bien à nouveau ramer.

Pourquoi il me laisse tomber ?

Et depuis combien des journées

je moisie dans cette liesse ?

La prochaine fois je prendrais

la chaloupe de sauvetage,

je ramerais sans peine ni repos

vers cette île en fleur sauvage,

de couleur verte et orange 

avant qu’elle ne se fatigue

de m’attendre et qu’elle fane.

En chemin je frôle et croise

d’autres belles plantes inertes

tristes d’avoir trop attendues

des piteux rameurs sans âme.

Accueille par pitié ma barque

sans voile mais oh¡ si brave.

L’ange d’or

Voici le croquant ange fêtard qui vient de loin

á la recherche d’un nuage vert vu á l’horizon

pour ramasser des truffes ensorcelées dans le foin

et les garder dans un pagne tissé en fil d’or.

Des cris perturbent la quête de son vol joyeux,

ce sont de jeunes gens qui fêtent d’être ensemble,

sans délicatesse, avec le cerveau baveux,

sans remarquer la prestance d’une telle offrande.

Les oiseaux vont se rassembler en sons et chansons 

pour venir en aide du fringant bestiau ailée,

attirer les jeunots vers d’autres cieux sans faucons

et faire la fête entre les fils du ciel dans la vallée.

Je me suis déguisé avec un masque cuivré,

burinée ma figure d’ocre et de passiflore,

pour m’unir au chérubin dans son sarong doré.

Viendront des jours où anges et démons serons heureux

en dansant la carmagnole des temps sans remords

et je pourrais me joindre aux fêtes des nuits de fées.

Mes amours absents

Bonjour mes chères,

Comme va la vie sans parachute ?

Je me creuse la cervelle

á rameuter mes deux princesses,

sans succès ni certitude.


L’une, cuve son vin dans sa recherche;
préparant un beau travail sans blindage,

elle chuchote et transcrit á califourchon 

entre des nuages en forme de voile 

et des anciens vaisseaux de rêve 

dans une ville mythique 

de lumière et de son,
colorée et barbouillé de musique,
nommée la petite tasse d’argent,

parce qu’elle est belle et succincte,
gracieuse et toujours jeune talent; 
tout comme toi, quoi! Mon trésor.


Il est confortable ton cousin d’air?


J’espère que mieux que le climat 

de ces temps ahuris et fugaces,

sans saison définis par trop d’apparences.

L’autre de mes deux tendres, 

apprivoisée par son karma béat,

chevauche les tentacules de sa jeunesse

parée de la beauté des roses sans épines

et l’illusion des papillons qui avancent

entraînés par le vent coquin et radieux

du sud, là-bas chez toi, l’andalouse. 

Elle engrange par sa valeur, la sympathie, 

dissimule le vacarme qui entoure la ville
et prépare la villégiature pour orner sa vitrine.

Parfois mes anges aux ailes de bitume, 
une pause près de mon ciel pur d’azur

me ferait croire pour une fois aux miracles

et penser qu’encore mon aura rayonne

comme à l’époque du Chien qui fume.


Mon ermite est isolé et caché dans le noir,

je ne voudrais pas rompre cette conjecture.
Comment nourrir tant d’amour dans l’absence 

et pas tomber entre les pattes du désespoir.

Seulement d’aimer fortifier mon armure.

La foule au refuge

La voie lactée vient ce soir

se promener sur terre

pour y faire du commerce

au marché du grand pouvoir.

Une masse des badauds

circule en file indienne,

la démarche païenne

comme des pauvres lourdauds.

Il n’y a plus des étoiles

ravies de briller bien fort,

elles sont toutes des remords

en ramenant leur voile.

La foule prend refuge

dans le rêve d’un ciel bleu,

parfois même ils voient dieu

croyant qu’il est un juge.

Ainsi va notre monde

qui confond les planètes,

leur tombant sur la tête

pleurant à se morfondre.

Chanson de bistrot

Dans les rues de mon quartier

souffle un vent gaie et jovial

les jours clairs de l’automne,

quand les béates vont prier

et les nanas dansent au val.

Qu’on ouvre les terrasses

pour échapper au frisquet,

les garçons trinquent en tasse.

Les trottoirs crient disette

quand les clodos chantent fort

pour quémander l’aumône

sans s’occuper des mecs

qui s’apitoient de leur sort.

Aux terrasses des bistrots

les réchauds toujours plus chauds,

les filles et le vin d’abord.

Sur les toits glissants de zinc

les oiseaux rentrent au bercail

près des chambres des bonnes

où personne ne les craint,

ni les chats ni la racaille.

Qu’on ouvre les restaurants,

la chaleur toujours plus fort,

les clients et le vin dedans.

Enfin le froid arrive

aux rues désertes et grises, 

les terrasses frissonnent,

les chauffages s’activent,

les filles sont assises.

Aux portes des terrasses

les passants se réchauffent

et entrent en extase.

On marche sans ton ni son

ne voyant pas les autres

même quand ils déconnent,

mon corps sent comme un frison

quand il croise ses sottes.

Qu’on ouvre les terrasses

pour échapper au frisquet,

les garçons vous entassent.

La joie règne aussi parfois

dans les rues et les places

quand les badauds entonnent

les belles chansons d’autrefois

en dansant pleins de grâce.

Aux banquettes des bistrots

les réchauds sont au plus fort,

les filles et les gars font corps.

Des étoiles sur terre

Des bornes sans écouter 

les éclats de tes pas

imaginant les signes 

qui viennent des iles du ponant.

Tu flânes sur les chemins

qui mènent au paradis.

Ton regard, éparpillé

par le discours de tes gestes,

vise le ciel

chinant les étoiles.

Oublie pas de fouiner sur terre

où elles tombent 

accablées de tant tourner,

inlassablement,

contrôlées par tes yeux

les nuits de tonnerre.

Les notes de ton orchestre

s’abattent en perles de pluie,

la poussière célestiel  

se mélange 

aux creux de tes pas,

laissant des empreintes 

où pousse le destin incongrue

de ton regard.

Ta marche annonce la musique,

le ciel projette les mots

sur la terre

et dans les chemins

qui dessinent les bois,

les feuilles effleurant les lèvres

quand tu siffles.

Sirocco, le vent du sud

L’air du sud me soule,

me remplit, m’inocule

un sérum bénéfique

qui me donne le vertige,

me produit une morsure.

Il est chaud, rapide et doux,

me transmet des nouvelles

des terres sèches et brûlées 

au milieu des jours heureux,

entre des dattes tendres

et des figues séchées.

Je sens l’odeur de là-bas,

parfois quand je regarde

tous ces gens venus de loin,

dans la froideur de Paris

ou les relents des égouts,

les nuages de carbone,

les camions des livraisons

qui renversent les vélos

et les fous qui causent seuls.

Je voyage avec le vent

pour échapper aux jours gris

que irritent les méninges,

comme des orties les pieds

marchant nus dans le maquis.

Pourtant ils viennent ici

les fils de tous ces desserts

quittant la terre et les siens,

attirés par tant de miel,

s’éloignant des oasis,

exsangues, sans future,

sans eau, figues ni dattes

pour allaiter ses petits

et grandir au paradis.

Il y a qui font fortune,

au moins du vin et du lait

et ils rêvent chaque jour

des nuits chaudes dans le bled.

Et cela sera ainsi

chaque aurore pour toujours,

sans sable ni doux palmier.

Ils goûteront la sueur,

sentirons le vent du sud

dans les cités et les rues

et ne verront plus jamais

les enfants courir pieds nus

dans la douceur de minuit.

Parfois le sirocco est bon

parce qu’il amène de loin 

un nouveau fruit vigoureux

qui nourrira les destinées 

des douces et tendres chansons ;

mais il fait des ravages

dans la vie de tant des gens

inquiets d’avaler du son

trop coloré à leur goût.

Le soleil départage

ici et là-bas nos cœurs

et soulage les tensions

par delà  les tempêtes,

qu’elles apparaissent au sud 

ou qu’elles débarquent du nord.

D’autres vents nous bercent

Des gens percent nos frontières des sabres,

mouillés des gouttes de sang et de sueur.

Cette déchirure n’efface pas l’ardeur,

mais leur corps reste incrusté dans le sable.

Ce mur obscur nous transforme en coupables,

mais ils nous empêche de sentir leur yeux,

d’oublier qu’on demeure sur les mêmes cieux

sans contempler cette situation macabre.

L’histoire est une transhumance des hommes

changeant leur bivouac vers l’herbe prospère

sans être stoppés par des lames d’épées.

La mémoire se bloque chez nos grands pères

quand les migrants n’étaient pas des fantômes

traversant les lignes sans y être écrasés.

Champs de luxe

Survolent les champs des oiseaux étranges

sans ordre établi, comme une vraie fiction,

ils se vantent de demeurer dans l’action,

eau impure, pas de morale ni de mélange.

Les cons ne se creusent pas les méninges

pour nous raconter leur larcin de salon,

ils voudraient nous faire croire qu’ils sont raison,

en fait ils sont sales comme leur linges.

L’argent et la réussite font illusion,

jugeant que leur envol durera toujours

ils n’amènent pas d’âme ni de raison.

Les ailes d’aujourd’hui sont faites en velours,

roulez tête en l’air dans l’avenue sans nom,

plus tard, ils feront des vos cendres un bijoux.

Héritage tronqué

Je suis arrivé sur une plage propre

dans un village isolé du nord rifain,

des pêcheurs vivaient du travail de leur mains

sans souci de pollution noir ou ocre.

Leur enfants ont grandi dans un décor sain,

pas de plastique, ni fumée ni pétrole,

jouant dans le sable près de l’école

jusqu’au jour où ils n’ont pu prendre leur bain.

Le bled s’est transformé en cité malsaine

où on ne pèche plus que des touristes

blotties dans une ville sale et vilaine.

Aujourd’hui les gosses sont loin des mythes

qui parlaient de laisser en meilleure état

ce qu’on leur avait légué dans ces sites.

Manu le clodo

Ce matin tôt j’ai croisé

dans la rue de Buzenval

du côté du vieux trottoir,

face aux Pères Populaires,

un ancien des bérets noirs.

Je voulu l’interpeller

attiré par sa veste

fourré en laine natté,

écarlate et á carreaux

que j’avais mis dans la rue

quelques jours auparavant.

Il a voulu la rendre

avec un geste martial,

me racontant qu’autres fois

habillé par la France,

il n’aurait pas eu besoin.

Manu s’appelle mon gaillard

qui salue tout sourire

voyant mon béret basque,

souvenir gai d’autres fois

quand on lui offrait ses frasques.

Je suis ravi de le voir

porter ma vieille veste,

le suivant de mon regard

désolé par son histoire

quand il s’éloigne pénard.

Il dort dans la rue Florian

entre la place Gambetta

et le Cours de Vincennes,

le square Sarah Bernhardt

reste sa vraie caserne.

Chanson du soir

Des lames en liège corsé

couvrent le parterre d’alèse

qui cache les pas de gens

qui accèdent en catimini

moissonner mes folles envies

sans qu’on ne les poinçonne.

Jeune reine du festin,

leur cœur maraude en éclats

joignant la joie du butin.

Une glauque et triste chanson 

accompagne mon regard,

c’est le couplet des vagues

qui cassent le mirador

comme un loquace instrument,

tenace, pareil qu’un violon.

Jeune fille du destin

leur cœur saisie d’étoiles

entonne un air de mutins.

Les visiteurs s’installent

autour du grand feu de bois

dans un salon aux murs nus

écoutant mon ton sournois

aux paroles saillantes

qui nous crient et nous parlent.

Les femmes sont au pouvoir

elles empêchent le vacarme 

frappant le tocsin du soir.

Pour échauffer mes hôtes

et recomposer les gars,

un verre au sirop d’orgeat

et une bouteille de calva

reposent sur le tapis

pendant que je ragote.

Jeune fille du destin,

cœur saisie d’étincelles

entonne l’air du festin.

Pour attirer le mana

et dérider les filles

séduites par la lune,

je leur donne tout pouvoir

pour gouverner mon refrain

et guider la fortune.

Donzelle de l’ivresse

cœur coloré des éclats

va vers la cour des braises.

Stéréo sites du midi

Sur les plages de midi

trottent libres les galets

entre du sable terne,

l’empreinte des maraichers,

la fière roche sculptée

et le vent qui vient de l’est.

Sur les marais du midi

font du trot les camarguais,

on pèche sur les genoux

de palourdes á l’oignon,

les vachettes rabotent

et les flamants sont pâteux.

À sainte Marie de la Mer

vont et viennent les gitans

pour parler á leur vierge,

dansent et chantent pieds nus,

sans prévoir des miracles,

uniquement pour le fun.

Sur la côte de Cassis,

dans le chemin des douaniers,

il y a des casemates

qu’accueillent des amoureux

les soirs de pleine lune,

ce sont des jeunes français

et des germaines aux bustiers.

Sur les collines du sud

croît gaiement la lavande,

pousse la marjolaine,

les bories sont des gîtes

où vivent des bergères

sagaces et galantes.

Le soleil de Provence

fait ronronner les dames

sur le sol des calanques,

la garrigue nous sourit,

béat le maquis danse

et le pays d’Oc brame.

Des migrants place de la Nation

J’ai trouvé ce matin place de la Nation

un embryon de manif avec des noirs

appuyés par des blêmes face au miroir

harmonisant des consignes d’autres temps.

Ils sont insignifiants, á peine cent,

ils revendiquent l’égalité pour tous,

en harnachés des tambours et des burnous,

pour crier et fêter un travail décent.

Plus loin d’autres manifs brûlent des quartiers

exigeant des moyens vitaux pour les gens,

très éloignés des immigrés sans papiers.

Rosa Parks est invoquée par tous les vents,

son exemple et courage est dur á copier,

réussiront ils á transpercer ces auvents ?

L’avenir t’appartient

Cours, oui, va vite,

fais gaffe où tu marches,

attention¡ soit diligente

pour qu’on ne t’attrape,

et surtout ne te bloque pas,

active ta cervelle

et réfléchis,

résonne doucement

et regarde au plus loin

les yeux grands ouverts,

fixement même

sur un point dans l’horizon,

comme ferait le pilote d’un voilier

qui trace un point imaginaire

et s’y tient en louvoyant,

pour prendre les vents,  

fait pareil, 

mais ne t’arrête pas,

ne stoppe jamais 

avant d’atteindre ton but.

Il est là, tout près devant toi,

il attend ton bon vouloir,

il a les bras ouverts

pour que tes mains 

lui jettent un regard.

Approche tranquille,

les rétines en alerte,

toujours prête 

á esquiver les épines.

Une fois acquis, 

ne te conforme pas,

va plus loin dans tes désirs,

t’es la plus forte, la meilleure,

tu peux réussir 

ce que tu voudras, 

entreprend, accomplis 

n’importe quel désir,

la vie est devant toi 

et l’avenir t’appartient.

Paris mon amour

Le crie des mouettes 

salue le chant béni

du merle noir, épris

du mésange en chaleur,

qu’avec le martinet,

l’étourneau, le pigeon

et le moineau de rue

tournent autour de Paris.

Ils causent aux églises

et aux tours magiques

qu’abritent leur foyers

sans voir le temps passer.

Ils parlent aux gargouilles

les croyant ses aïeuls,

ils leur chantent au nez

s’y sentait en sûreté,

ils voient le monde tourner

protégés par ces dieux.

C’est des voisins heureux,

des anges éternels

qui n’ont besoin d’histoire,

ils ne transitent pas,

seulement observent

ces drôles d’oiseaux trotter

presque sans bafouiller.

ils plongent dans la Seine

agréant les péniches,

se promènent aux squares

ramassant nos miettes,

nous scrutent aux fenêtres

pour fêter nos baisés

et partagent nos rues.

Á peine ils y logent

juste la survolent,

passagers de la vie

curieux de la ville.

Les souvenir des larmes 

La pluie retombe toujours sur les têtes

qui se promènent dépourvues d’un chapeau,

elles supposent que les nuages n’ont plus d’eau,

qu’ils ne peuvent pas mouiller la planète.

Autrefois ils sont atterrés les peuples,

plongeant le monde dans la nuit obscure

par des idées imposant l’imposture

que des millions ont perçus comme un temple.

Ils sont là les nimbus de mauvais augure,

n’ayant pas quittés totalement la terre

leur griffes peuvent mener de l’eau impure.

Gardons nous á l’abri des mauvaises herbes

sans engendrer á nouveau cette raclure,

préservons nous de ces exécrables gerbes.

L’air chaud du Sahel

L’oued est large comme un ciel au bleu profond

couvert par la peau d’un serpent assoiffé

qui brûle la rétine des danseurs du Tendé,

quand leur trot soulève la terre et le vent.

Les femmes pilent le mil et en chantant,

des jeunes tonnent le refrain du cabri

arrachant des brins et jouant le gembri,

cette musique du Sahel nourrit leur faim.

Nommés barbares et plus tard berbères, 

la genèse des Touaregs sont les Germains,

mais ils ne reviendront pas en arrière.

Ses moyens vitaux sont presque inexistants,

ils subsistent avec peu, mais ils sont fiers

et nous expédient de l’air chaud apaisant.

La lune est de sortie

La lune me parait triste ce soir,

Elle a eu une dure nuit  á ramer,

Comme moi

Tôt le matin face au miroir.

Á cause d’un mauvais somme 

Elle ne reconnaît plus personne,

Sa tête est en piteux état

Pétée à rêver.

Un voile de velours mauve

Parcours son corps célestiel,

C’est l’habit de lumière

Qu’elle met pour me plaire,

Aiguiller mes sens

sortir du trou retord et noir

Et m’apprendre que face á l’ombre

Sa stèle est claire.

La lune se fout de moi 

Le reste de la journée,

Elle sourit dans le dos du soleil

Sans rien demander,

Sans tenir compte

Que son carburant est dopé

Et qu’il arrive le premier.

La lune sort encore ce soir,

Elle voudrait me convaincre

De l’accompagner 

Pour pas boire toute seule

Assise au comptoir.

Sans trop y penser,

Juste pour qu’on puisse me voir

J’accepte de partager ma nuit

Avec la plus belle,

trinquer et danser.

Avant de se coucher

Elle m’allume de ses lèvres

Et quand je veux l’embrasser

La coquette veut déjà rentrer.

Je pensé dormir sur un volcan

Juste au moment d’une trêve,

Oh gousse¡ Quel mauvais calcul,

J’ai voulu la tenter.

Passe ton chemin princesse

Et reviens me voir demain,

Je verrais si tu m’intéresses

Pour un nouveau rendez vous,

Pour l’instant je voudrais dormir

Encore seul ce soir.

Douce pose, faux mirage

Je ne vois pas de l’autre côté 

de l’espace où je surnage.

Mes yeux sont dérangés 

par un voile de brume,

Il pénètre dans l’iris fatigué 

Qui parcourt les pensées.

J’ai du mal à traverser l’horizon,

je m’assoie pensif et triste,

paralisé presque,

je m’efforce à regarder

la silhouette là devant moi

et je ne trouve rien d’autre 

qu’une ombre qui s’efface,

un rêve, une illusion.

Parfois un désert apparaît

au beau milieu de la rue 

juste entre toi et moi.

Mais je l’imagine irréel,

juste un nuage sans eau,

un mirage sans palmiers,

un voyage sans envie.

Je n’arrive plus à traduire l’air

qui ramène la poussière

invivait de l’humidité du matin

créant une barrière de vapeur

qui trouble mon regard affligé 

et casse le charme de ma vue.

Je veux casser ce faux mirage,

moduler le vent qui fouette

l’empreinte de cette marche

et remplir des notes colorés 

nos regards encore accrochés 

par la sagesse des nos cœurs 

et la tendresse d’un chaud baissé.

Je ne veux plus dire des mots 

qui cachent la douceur d’un son, 

seulement chanter avec harmonie

l’image fraîche d’autres temps.

Poème pour Luce

Les ruelles plongent dans l’abîme 

parce que le bitume fond de douleur.

Poussent quelques rares brindilles 

d’herbe folle et aussi des fleurs.

Les notes survolant les toitures

font des acrobaties insolites,

s’emmêlent avec les fresques des murs

et entendent des chants sans suite.

Les gaffeurs de Paris vont courir 

retrouver leur diva amoureuse,

la reine des mots, pour lui offrir

une faune avec la peau soyeuse.

La parisienne venue d’ailleurs 

vêtue de blonde aux yeux bleus océan,

musique dans la peau, trait rieur,

part danser d’amour côté cubain.

Cours en sautillant pour pas froisser 

ta robe écarlate de passions,

étincelante des jours de fées

et dors heureuse la nuit des temps.

Souhaits du matin

Dès l’aube, les couleurs se réveillent,

les ruisseaux étincellent souriants

et chantent des douceurs en sirotant

pour transmettre des sons et des rêves.

Ainsi sont les miens à chaque matin,

parce que j’ai quittés, comme un colibrí

brin, auquel t’aurai sorti de son nid,

les bords couverts de roses de ton jardin.

Depuis ce jour du mois anniversaire

de cette funeste année de mille malheurs,

l’empire des contes et des histoires des cœurs

m’emmènent près de toi comme un corsaire.

On repart dans des contrées lointaines

comme dans d’autres temps sans pandémies 

et on remémore les insomnies 

quand on festoyé les nuits mondaines.

Les songes vont et viennent sans délire,

il n’y a plus de cauchemar ni fiction,

uniquement arrive une éruption 

quand revient au galop ton souvenir.

Les vapeurs transportent la tendresse,

cette illusion n’est plus une chimère,

le mirage de l’aurore s’altère

et nous donne à nouveau l’ivresse. 

Des rêves fertiles 

J’ai pointé mon cœur 

Pour regarder au loin

Le sourire vantard 

D’une rose trémière.

J’ai affûté mon regard

Pour viser avec un œil malin

Tous les pétales 

Qui poussent dans ton jardin…

Orientale…

de pierre et de sable fin.

J’aimerais transmettre la sève 

Qui anime les perles,

Placer la tige et nourrir la bouture 

Qui fera grandir cette fleur .

Peindre d’or les pistils

Qui dansent autours de l’aurore 

Et répandre une bouffée d’émotion 

Aux plantes arrosées de joie

Flottant dans un seau de bonheur.

Écouter chanter les abeilles 

bercer d’une mélopée leur reine,

Voyager par les chemins des noces 

Avec un chariot en menthe et lin.

Répandre sur la soie de ta peau

Le miel sidéral des ouvrières 

Qui viennent cueillir le nectar,

Volant intrépides à rase motte 

En suivant la porteuse du Jolly Roger,

De tes lèvres colorées par les ronces.

L’herbe folle

L’herbe rôde criante 

dans sa cellule béante,

S’ouvre une fissure molle 

Sous le stupide bitume.

Elle perce et se manifeste 

à la lumière sans crainte,

Crie son droit au soleil 

et à la rosée séante.

Le matin la réconforte 

d’une poignée d’eau sonante

Et elle le gratifie d’une couronne 

des pétales odorantes.

Cœurs en couleurs

Un cœur qui palpite n’a pas de couleur,

En tout cas pas une couleur d’arc en ciel,

Pas une couleur qui rappelle la candeur

Ni même pas une couleur au goût du miel.

Un cœur a le rose des artères du corps 

Et il bouge mieux que les vieux horloges,

Pas besoin de remonter ses lourds ressorts 

Ni d’asticoter l’acajou  bourgeois de ses toges.

Un beau cœur doit son mouvement continue

Et sa position au trône du royaume humain,

Au fait d’être le moteur limpide et méconnu 

Qui transforme tout en sujets d’un souverain.

Mon cœur n’a pas de couleur ni de mouvement,

Il danse et rit toujours avec une idée incongrue 

Que le monde identifie aux amours et sentiments,

Sans se soucier des peurs et des délires encourus.

Je voudrais que nos cœurs chantent avec du rythme,

Qu’ils résonnent et s’expriment aussi au même son.

Avoir le vertige et croire qu’on est si près de l’abîme 

Qu’on fera tout pour plier l’ingrat fil de la déraison.

Que nos cœurs rient en tandem et dansent tout seuls,

Que ton cœur chante en couleurs une musique d’or.

Nous devrons composer une mélodie aux glaïeuls

Pour y bercer nos cœurs avec les notes d’un quatuor.

Le papillon et le destrier

Ta silhouette s’envole 

avant le crépuscule,

elle rejoint des papillons 

qui dansent espiègles, 

ivres de tant voltiger,

habillés des couleurs,

prêts pour s’amuser 

à la foire du village voisin.

Elle se découpe svelte

sur le dos du plus beau

et fougueux des destriers.

La danse peut commencer

au rythme soutenu

des milliers d’ailes.

Entourant ton sourire 

un défilé coloré de musiciens 

t’accompagne en beauté.

Maintenant le son est serein 

et la marche prend de l’allure,

sans arrêts ni pauses légères.

La cour où dormait le poulain

sur son lit des plumes de paon

est devenue la porte ouverte

qui mène derechef 

sur la piste des papillons.

Ils se vantent de leur couleurs,

t’invitent à continuer la danse

et à rester au vent.

Heureuse est écrit au dos

de ta jument,

et chaque aile dessinée 

qui le survole

lui chuchote à l’oreille :

“Va au galop si tu veux,

au trot si cela te convient,

au pas pour mieux te détendre,

mais surtout fige ton sourire

et n’oublie pas ton prénom :

Heureuse”

Notre Dame s’envole en fumée

Perchées sur les hauteurs  

de la cathédrale de Notre Dame,

les gargouilles des gouttières 

et les chimères de la balustrade

surveillent Paris et son fleuve

et nous regardent du fin fond

de notre histoire.

Aujourd’hui elles ont décidées

de s’envoler dans le ciel enfumé

pour trouver et supplier leur maître

de sauver le plus beau palais 

á son service depuis des siècles.

Elles sont revenues bredouilles

sans avoir eu gain de cause,

Dieu a fait la sourde oreille

comme pour tant d’autres fois,

famines, catastrophes, génocides,

guerres et autres désastres.

Son royaume n’est pas d’ici,

notre planète est trop mince, 

la plus petite de ses filiales

de son trust universel.

Ici il sous traite cet affaire

par ses représentants sur terre,

les richissimes donateurs

en bonne entente avec 

l’état et le clergé

et la charité de ses fidèles,

avec ça et quelques prières

ils restaurent sa maison.

Paris 2019

Brume du soir

Elle promène son humeur béant 

sur le trottoir mouillé,

meuble et fouras 

du faubourg saint Antoine,

l’ancienne voie de l’est

rapiécé et bouillante 

qui descend à la Bastille.

Les portes cochères

l’interpellent à chaque faux pas

et attirent avec des étincelles

L’iris ouvert de son regard.

Ses pas suivant son instinct 

parcourent la cour pavée 

d’un autre âge, qui roupille.

Elle suit le chemin caché, 

celui que personne remarque

où flottent des odeurs des plantes,

fleurs fugaces, filous, iconoclastes.

Elle les caressent avec le duvet 

de ses doigts entrelacés 

faisons apparaître un air qui pétille.

Mille détours avant la grande place

me font perdre le nord et  l’ouest 

avant de tomber des nuages 

parce qu’ un nouvel arrêt m’interloque.

Il est possible de trouver un trésor 

là où j’aperçois une simple poussière,

alors que je m’évanoui, elle scintille.

Le temps vole sans le voir passer,

c’est la joie de tant de passion,

celle des petites choses colorés 

que l’interpellent intrépides.

Au passage pour tous elle s’arrête 

sans décider le bon moment 

pour passer du côté des jonquilles.

Le feu vert lui transfère sa lumière 

et traverse enfin souriante,

recommence alors une nouvelle histoire

qui l’amène vers d’autres festins.

Passe les nuits à danser avec les mots

qui peaufinent l’armature des arbres 

et dès qu’elle se réveille elle sautille.